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Interview : Professeur Jean Cassagnes PDF Imprimer Envoyer
jeancassagnes

Chef du Pôle Cardiologie au CHRU de Clermont-Ferrand - Vice-Président de la Fédération Française de Cardiologie

Equi et Dec - Pouvez-vous faire un bref état des lieux des maladies cardiovasculaires en France et en Auvergne :

En France, 28,4 % des causes de mortalité sont le fait de maladies de l'appareil circulatoire (dans la population de moins de 65 ans, ces maladies sont responsables de 13 % de la mortalité) : alors que jusqu'à récemment, les maladies cardiovasculaires étaient la première cause de mortalité, du fait de leur meilleure prise en charge et de leur prévention, elles sont, depuis quelques mois en France, au deuxième rang, juste après les pathologies cancéreuses.

En Auvergne, c'est encore le groupe des maladies de l'appareil circulatoire qui prédomine : cette surmortalité auvergnate par rapport à la moyenne française est de 14 % pour le sexe masculin (en 3ème position après les régions Nord Pas de Calais et Bretagne) et surmortalité de 8 % pour le sexe féminin.

Parmi les causes de maladies cardiovasculaires, ce sont les cardiopathies ischémiques (infarctus du myocarde, angine de poitrine) qui sont les plus meurtrières (27 % pour ces maladies coronariennes, 23 % pour l'insuffisance cardiaque, 25 % pour les accidents vasculaires cérébraux).

Outre cette surmortalité prématurée, ajoutons que le groupe affections cardiovasculaires est la première cause de recours à une prise en charge en ALD (Affection de longue durée).

 

Equi et Dec - Comment améliorer la prévention des maladies cardiovasculaires ?

C'est bien sûr par une meilleure prise en charge lors de l'apparition des premiers symptômes de la maladie : il s'avère que les Auvergnats consultent moins leur médecin que dans toutes les autres provinces françaises et que le taux d'hospitalisation pour maladies cardiovasculaires est le plus bas, alors que nous disposons de tous les moyens techniques pour la meilleure des prises en charge actuelles. Il faut donc encourager nos concitoyens à se confier au médecin, et cela de façon urgente quand il s'agit des symptômes évoquant une maladie coronaire (douleurs thoraciques = appel au 15 : SAMU).

C'est aussi en menant des actions de prévention pour contrôler les facteurs de risque artériels, facteurs qui favorisent le développement de l'athérosclérose : ces facteurs influençables sont bien connus (tabagisme encore dans 33 % de la population, hypercholestérolémie chez 30 %, hypertension artérielle dans 25 %, obésité 10 %, diabète 3 %).

 

Equi et Dec -  Quels conseils simples pour limiter les risques ?

-     À l'évidence, le tabagisme doit être banni (nous enregistrons des progrès récents avec la loi interdisant de fumer sur les lieux publics ou sur le lieu de son travail : réduction de 15 % de survenue des infarctus myocardiques).

-     En modifiant nos habitudes alimentaires (régime méditerranéen) et en traitant les hypercholestérolémies (nous avons aujourd'hui des traitements efficaces et parfaitement tolérés).

-     En traitant efficacement l'hypertension artérielle (nous avons là aussi des médications parfaitement  tolérées et efficaces).

-     L'obésité et le surpoids qui apparaissent de plus en plus tôt doivent imposer un effort diététique et la pratique d'une activité physique régulière.

-     Le diabète, véritable épidémie, est, de façon parallèle à l'obésité, de plus en plus fréquent et là aussi doit être dépisté et traité (activité physique et médicaments).

Le bénéfice de cette prévention, qu'elle soit primaire (avant survenue de l'accident coronarien) ou secondaire, a fait la preuve de sa grande efficacité dans des enquêtes de très grande envergure, regroupant plusieurs dizaines de milliers de patients.

Il serait donc grand temps que les choses évoluent dans notre belle province.

 

 
Interview : Professeur Yves Boirie PDF Imprimer Envoyer
Professeur Yves Boirie

Chef du Service Nutrition clinique au CHRU de Clermont-Ferrand et

Directeur adjoint de l'Unité de Recherche en Nutrition Humaine d'Auvergne

Equi et Dec – "Professeur BOIRIE, comment jugez-vous les habitudes alimentaires en Auvergne ?

 

Nous venons précisément de recevoir les premiers résultats d’une grande étude épidémiologique   française « l'étude NutriNet-Santé » lancée officiellement en mai 2009 dont le but est   d’analyser les comportements alimentaires et les relations nutrition-santé » des Français. Parmi les « Nutrinautes » de plus de 18 ans ayant accepté de répondre (sur le site www.etude-nutrinet-sante.fr) à des questionnaires (sur leur alimentation, leur activité physique, leurs poids et taille, leur état nutritionnel et des déterminants des comportements alimentaires), les résultats des 1883 auvergnats inclus concernant les comportements alimentaires et l’état nutritionnel sont déjà disponibles. Vous trouverez les résultats principaux dans le tableau suivant qui indique clairement la « pôle position » de l’Auvergne en matière de Fromage, Charcuterie et… de Fruits. Ces habitudes alimentaires spécifiques de l’Auvergne révèlent donc un profil de consommation qui en situation d’excès est susceptible d’engendrer des troubles métaboliques et cardiovasculaires.

 

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Enquête NutriNet-Santé, décembre 2009.

 

La bonne participation initiale des internautes est très encourageante pour les coordinateurs de l'étude qui espèrent accélérer l'inclusion de nouveaux Nutrinautes. Les chercheurs amplifient donc leur appel à la bonne volonté des citoyens afin de dépasser les objectifs initialement fixés en termes de calendrier et de recruter 100 000 nouveaux volontaires dans les 6 mois à venir notamment pour la région auvergne. L'inclusion des internautes qui souhaitent aider la recherche reste ouverte et le restera pendant les 5 ans à venir sur le site : www.etude-nutrinet-sante.fr

 

Equi et Dec – Quel est le rôle de la nutrition dans la prévention des maladies?

 

L'alimentation possède des vertus protectrices en fonction des nutriments qui la composent mais aussi selon le mode et la répartition alimentaire. Il s'agit donc d'une affaire de rythme, de quantité et de qualité! Diaboliser certains aliments ne donne pas de résultats satisfaisants à long terme. C'est la raison pour laquelle le Programme National Nutrition-Santé (PNNS) ne propose pas de s'appuyer sur le mode de l'interdit mais sur l'information pour la promotion de comportements favorables à la santé. Pour cela, il a proposé plusieurs objectifs portant sur des modifications de la consommation alimentaire :

­ Augmentation de la consommation de fruits et légumes,

­ Augmentation de la consommation de calcium et réduction des déficiences en vitamine D,

-Réduction de la moyenne des apports lipidiques totaux à 35 % des apports énergétiques

journaliers et réduction de la consommation des acides gras saturés,

­Augmentation de la consommation de glucides pour qu'ils contribuent à plus de 50 % des apports énergétiques journaliers, en diminuant la consommation de sucres simples et en augmentant la consommation de fibres,

- Diminution de la consommation d'alcool en dessous de 20 g d'alcool chez ceux qui en consomment.

Ces règles générales mais simples sont à même de réduire significativement la prévalence des maladies cardiovasculaires.

 


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